samedi 7 novembre 2009
Rentrée scolaire et universitaire
Rentrée scolaire et universitaire
Une reprise sur fond de tensions politiques
L’année du doute
Le lundi 19 octobre, c’est la mort dans l’âme que certains élèves, étudiants et encadreurs ont repris le chemin de l’école. Programmée pour le 5, la rentrée a été repoussée au 15 avant d’être effective ce 19.
On a l’habitude de dire qu’en Guinée, les années se suivent et se ressemblent. Mais 2009, est une année vraiment spéciale. Aussi spéciale que le pays n’arrive pas à se remettre encore des séquelles du massacre du 28 septembre qui a coûté la vie à de nombreux jeunes. Cette spécificité se remarque aussi dans l’absence de la ministre de l’enseignement pré universitaire. Depuis que Rougui Barry a été traitée par Dadis de femme wrangler que tout le monde peut porter, elle est en France pour des soins et n’a pas participé à l’ouverture des classes. Avant le départ de Rougui, elle avait annoncé que le gouvernement a commandé 14 conteneurs de craie dont un de couleur.
C’est donc son homologue de l’enseignement supérieur Dr Alpha Kabinet Camara qui a prononcé la veille un discours adressé aux acteurs du milieu éducatif. Il a présenté ses condoléances aux familles des victimes du 28 septembre.
Dans les écoles visitées par nos reporters, l’ambiance était plutôt morose.
Complexe scolaire Jacqueline Bangoura
Dans cet établissement d’enseignement privé situé au cœur de Kaloum, une ambiance bon enfant régnait sur place. Mais les réactions étaient plutôt partagées, d’aucuns évoquaient l’affluence, d’autres des craintes.
Mr Alioune Touré le directeur des études affirme avoir pris toutes les dispositions pour le bon déroulement des cours. Il dit être surpris par le nombre élevé d’élèves ayant répondu à l’appel. Le surveillant général Camara Mohamed évoque une hésitation chez les élèves. Pour lui, le doute plane sur la suite de l’année.
Les enseignants eux également n’ont pas été en reste. La plupart redoute l’enlisement, c’est le cas de Bangoura Mamadouba prof de philosophie. Pour cet homme de craie, les tensions politiques risquent d’avoir une incidence sur les cours. Mais Mohamed Condé prof d’histoire estime lui que ces tensions vont s’apaiser, l’essentiel est qu’il y ait eu la rentrée. Le reste rentrera dans l’ordre.
Du côté des élèves, on a encore le souvenir des événements de septembre. Diallo Fatoumata qui est allée en classe sans uniforme par précaution dit-elle se dit stressée par ce qui s’est passé. Guéya Pierre Louis, a lui lancé un appel aux acteurs de notre pays pour qu’ils se donnent la main pour éviter une année perturbée.
Lycée du 2 octobre
Comme dans d’autres établissements, ici aussi la présence des élèves n’a pas été massive. Le proviseur Abdoulaye Diarouga Diallo est d’ailleurs le premier à reconnaître cet état de fait, même s’il pense que l’absence concerne les élèves qui logent en haute banlieue. Il sait pourtant que derrière cette réalité se cache également la pauvreté des parents. Zénab Soumah de la TSE confirme cela. Elle parle de manque d’argent, donc de fournitures. Mamadou Aliou Souaré élève en 12e SM se félicite quant à lui de l’effort fourni par ses parents pour cette rentrée.
Au 2 octobre, on redoute également les tensions qui risquent de ressurgir à l’approche des élections. En tout cas Camara Abdourahmane Daouda prof de physique, a tenu à dire aux élèves de ne pas se laisser utiliser, donc de ne pas participer à des manifestations de rue.
Collège Château d’eau
Ici dans cette école située à quelques mètres du grand marché Niger, le principal n’est pas du tout bavard. Il a catégoriquement refusé de se prêter à nos questions ‘’ je ne veux pas de problème, donc je préfère vous éviter.’’ Nous a-t-il lancé. Il poursuivit en disant que parler à la presse consiste à s’exposer, or dira t-il pour évoluer il faut rester discret.
Lycée de Bonfi
A Bonfi tout a commencé par une minute de silence à la mémoire des victimes de la répression du 28 septembre. Ici aussi la morosité était au rendez-vous à tel point qu’on pouvait compter les élèves mais aussi les salles non occupées. Interroger le proviseur Mr Alpha Oumar Dem a trouvé cette explication ‘’ les élèves ne sont pas venus tout simplement parce qu’ils ont soit la paresse ou la méfiance suite aux événements du 28 septembre. Ils ont perdu deux semaines et il y a des rumeurs qui couraient encore sur un possible report.’’ Preuve de la morosité au lycée de Bonfi, la salle de terminale SE a enregistré 38 élèves sur un effectif de 95. Les professeurs présents ont tout simplement associé les classes pour masquer la réalité amère du jour.
L’autre problème dans ce lycée est celui du manque de matériel. D’habitude, l’école reçoit six boîtes de craie ce qui n’a pas été le cas cette fois ci. A noter que le ministère de l’enseignement pré universitaire envisage cette année d’organiser ‘’ un teste diagnostique’’ pour mesurer le niveau des candidats aux examens nationaux. C’est en tout cas ce qu’on nous a laissé entendre.
Lycée de Matam
Le lycée de Matam avec ses 35 salles de classes a présenté un visage rayonnant ce 19 octobre. Les élèves n’ont pas caché leur satisfaction de retrouver le chemin de l’école après trois mois de vacances. Bachir N’diaye de la 12 SS2 a profité de l’occasion pour demander aux autorités du pays de prendre leur responsabilité pour assurer un bon déroulement de l’année. Diallo Oumou Falli de la TSS6 de son côté nous a assuré qu’elle est fin prête déjà pour affronter le bac, car elle dit avoir mis les vacances à profit pour se préparer. L’association des parents d’élèves et amis de l’école (APEAE) de Matam par la voix de son président Traoré Ousmane a demandé une implication des parents dans le processus de sensibilisation des élèves en vue d’une année scolaire réussie. Mr Lansana Camara proviseur de l’établissement pour sa part a demandé aux élèves de s’armer de courage et de détermination pour qu’ils soient une relève efficace de demain. Aux profs, il leur dira de chercher à se qualifier afin de qualifier les élèves. Cette année, le lycée de Matam compte 13 classes de terminales dont 6 pour les SS (sciences sociales), 5 pour les SM (sciences mathématiques), et 2 pour les SE (sciences expérimentales).
Université UNIC
Au bloc A de l’université internationale collège de Kipé, les étudiants qui se sont présentés au campus étaient plutôt très rares. Parmi ceux qui étaient sur place, il y avait deux catégories. L’une lie sa présence à la réinscription, l’autre par contre était juste là pour trouver d’autres informations complémentaires liées à l’année académique. La plupart des salles étaient d’ailleurs closes, seul un bureau était ouvert pour ceux qui étaient venus pour la réinscription qui ne coûte que 10.000fg plus un paquet de papier rame.
Université Mercure
Dans cette université, le constat est à peu près le même qu’ailleurs. La rentrée était tout simplement morose. Mr Camara chargé de la scolarité estime cependant que tout c’est bien pensé. Mais plus loin, il affirme qu’il y a des étudiants qui disent être sans sous pour la réinscription. Il invite par la même occasion tous les guinéens à prôner la paix. Hawa Diawara de la 3e année BA (business administration) soutien quant à elle que les étudiants absents n’ont pour excuse que la pauvreté ou la fatigue. Le même avis est partagé par Camara Kélétigui.
Collège de Ratoma
Contrairement aux autres écoles, le principal du collège de Ratoma Demba Conté parle d’un engouement de la part de ses élèves pour cette rentrée. Il évoque même des débordements d’effectifs. Pour la suite de l’année Mr Conté demande aux parents d’élèves d’aider les encadreurs pour la formation des enfants.
Mais les élèves comme Amadou Saïkou Diallo et Ramatoulaye Diallo de la 7e ne sont pas de cet avis. Pour eux, même si les cours ont débuté, les choses ne sont pas autant satisfaisantes.
Van Volen Hoven
Ici le directeur chargé du primaire Aboubacar Siddy Bah se plaint des difficultés. Pour lui, les années précédentes voyaient les parents d’élèves venir à l’école une semaine avant la rentrée pour réinscrire les enfants. En 2009, tout a changé. Jusqu’à présent certains n’ont pas encore mis pieds au sein de l’établissement.
Lycée Le Bélier
‘’ La rentrée de cette année n’a pas connu un succès !’’, se lamente Mr Traoré proviseur de ce lycée privé situé dans le quartier Hamdallaye. La cause pour lui n’est autre que la situation politico-économique du pays. Au Le Bélier, quelques parents viennent réinscrire leurs enfants. Mais ils leur demandent de rester à la maison, car disent-ils on ne sait jamais à quand un autre déclenchement. Même son de cloche pour Karamoko prof de français qui pense que toute instabilité politique se répercute sur les autres activités.
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