Femme Modèle: Madame Traoré Tiguidanké Diaka Condé, première conductrice de bus à la SOTRAG
Femme Modèle
Madame Traoré Tiguidanké Diaka Condé, première conductrice de bus à la SOTRAGUI
« La place de la femme n’est pas d’être à la maison pour faire la cuisine, au marché ou faire la teinture. Nous voulons aussi diriger des hommes et être présidentes de la République un jour,…. »
Titulaire du baccalauréat première partie, mariée et mère de 4 enfants dont le plus grand a 11 ans et le plus jeune a moins de 8 ans, Madame Traoré née Tiguidanké Diaka Condé est l’unique conductrice de la SOTRAGUI, société de transport de guinéen.
Après un voyage inopiné avec notre reporter, elle a bien voulu nous accorder un entretien au cours duquel, elle nous a relaté son histoire, ses ambitions.
ü La Plume Plus : Présentez-vous et parlez-nous de vos débuts dans ce métier
Madame Traoré: je suis Tiguidanké Condé, première conductrice à la société de transport guinéen (SOTRAGUI). A bas âge déjà, lorsque je faisais la 4ème année à l’école primaire, j’avais l’ambition pour la mécanique. J’en ai parlé à mon père qui m’a dit que je suis très petite (à l’époque). Il m’a encouragé à étudier d’abord. Je suis allée jusqu’au niveau du baccalauréat, j’ai eu le bac 1 et j’ai eu des difficultés au baccalauréat deuxième partie. Entre temps je me suis mariée et aujourd’hui je suis mère de 4 enfants, le plus grand a 11 ans et le plus petit est âgé de 8 ans. Après le mariage je voulais faire une école professionnelle de mécanique mais je n’ai pas trouvé une qui forme dans ce domaine. Un jour, j’ai appris qu’il y a un recrutement au niveau de la société de transport guinéen (SOTRAGUI). J’ai déposé mes dossiers et on m’a retenu. Quand mon matricule est sorti j’étais à la porte comme contrôleuse depuis 6 mois. Notre patron a accepté ma demande de rester au guichet où j’ai fait une année et 6 mois d’exercice. Les ambitions de devenir une conductrice me sont venues en tête parce que je n’avais pas vu une femme qui conduisait. Je me suis dit d’être exemplaire pour les autres. Donc j’ai déposé ma candidature au poste de conductrice auprès de mon directeur Monsieur Boubacar Sidimé. Je lui ai dit j’aimerai que vous m’accordiez une chance pour être conductrice. Surpris ! Il me dit Ah bon ! Il n’y a pas de problème, si tu es courageuse, tu vas être la première conductrice de la SOTRAGUI. Il m’a demandé si je sais conduire les petits véhicules, j’ai dit malheureusement non, je ne sais pas conduire.
ü Comment quelqu’un qui ne savait pas conduire un véhicule de poids légers s’est retrouvé derrière le volant d’un bus de transport ?
Bah ! Ce n’est pas sorcier, mon directeur m’avait conseillé d’apprendre la conduite et à la suite de cela il a promis que la société allait me former pour la suite. Je suis allé à CEPERTAM pour suivre une formation d’un mois assorti d’un permis de conduire puis je suis reparti à notre direction avec mon permis pour faire une autre formation mais au poste de conductrice. La formation a débuté en août 2014 et a duré 8 mois. J’ai donc eu beaucoup de connaissances parce que je n’ai payé aucun francs jusqu’à la fin. Le 11 mai 2015 c’était ma remise et aussitôt après on m’a mis dans la circulation. Mon premier tronçon a été Sonfonia-gare Kaloum et depuis cette date je suis conductrice.
ü Souvent les femmes manquent de sang-froid face aux dangers de la route, avez-vous une fois été victime de quelque chose ?
Vous savez la conduite guinéenne est très difficile, en conduisant il faut prendre tout son temps, être attentif. Mais moi je n’ai jamais accroché d’abord quelqu’un, car dans la conduite je ne suis jamais pressée. Cependant, un jour, le cortège de l’UNICEF est venu s’accrocher à mon rétroviseur. Il n’avait pas sonné ce jour-là et j’étais sur ma ligne, nous nous sommes disputés et à la routière ils m’ont donné raison. C’est la seule fois que j’ai été confrontée aux inconvénients de la route. Je prie Allah de m’éloigner des dangers.
ü Le métier et le foyer sont deux mondes parallèles, parlez-nous de votre planification en tant que femme mariée ?
Je n’ai pas de problème à ce niveau. Je m’occupe très bien de mon mari, de mes enfants. Le jour où je travaille le matin, je me lève tôt vers 4heures du matin pour faire les travaux ménagers. Au plus tard 5h40 me trouve au dépôt et à 14heures nous faisons la relève. Ce sont mes enfants qui préparent parce que je ne peux pas préparer et être à l’heure au service mais si c’est le soir, là je prépare avant de sortir.
ü Quel conseils donnez-vous aux autres femmes qui rêvent être comme vous ou un appel à l’Etat pour l’insertion des femmes dans ce domaine ?
Je dirai à mes sœurs de ne pas s’assoir les bras croisés, il faut le courage. Moi, excepté mon mari je ne veux pas qu’un autre homme me dépasse dans mon métier. Les études sont faites pour tout le monde mais à un certain niveau, si vous voyez qu’on ne peut pas aller de l’avant, on peut faire un métier pour être indépendante des hommes. Il faut se battre parce que si vous avez un métier noble, vous n’allez pas chômer et partout où vous irez vous allez travailler. Le gouvernement doit fournir un effort pour aider les femmes qui veulent faire la conduite. La place de la femme n’est pas la maison ou au marché, nous voulons apprendre aussi des métiers, diriger des hommes, être les seules conductrices des bus et mêmes présidentes de la République un jour.
ü Rencontrez-vous des difficultés avec vos collègues de travail?
On se comprend très bien, il n’y a pas de problème entre nous, ils sont très gentils avec moi et m’apprennent chaque jour. Même à l’heure où je suis quand je fais quelque chose, ils me disent Tiguidanké tu dois faire comme ça donc j’enregistre ça.
Je remercie mon directeur, mon formateur monsieur Camara de la SOTRAGUI, monsieur Georges Barry qui m’a accordé son temps, c’est un homme qui est compréhensif, lui et mon directeur ont fait beaucoup pour moi. Je n’oublie pas aussi mes collègues de travail pour leur soutien, mon mari également pour son encouragement et sa compréhension dans le foyer. Merci à tous !
Camara Ousmane Tigaul