Interview exclusive avec Lamine Guirassy PDG d’Espace FM
Dans cet entretien, le patron de la radio Espace Fm Guinée, parle de son empire, ses projets, sa vie de famille, la jeunesse guinéenne…
La Plume Plus : présentez-vous et parlez-nous de votre parcours
Lamine Guirassy : je suis le directeur général de la radio Espace et de Sweeet FM, journaliste, animateur. J’ai commencé le cursus ici en Guinée, j’en ai terminé en France. C’est là-bas que j’ai commencé à embrasser  ce métier. Arrivé en France, j’ai bossé dans des radios comme : Média Tropical, FUN radio, Chérie FM, NRG. En Guinée, j’ai fréquenté une année le lycée Yimbaya et le groupe scolaire Victor Hugo.


Comment vous est venue l’idée de créer la radio Espace ?  
J’avais dit à ma grand-mère, un jour je vais te parler dans une  radio. A chaque fois que je quittais l’école, elle écoutait la radio, je m’accrochais. C’est de cette manière que le rêve s’est déclenché. Je lui ai dit si tout va bien, un jour je vais créer ma radio qui va porter ton nom. Espace devait s’appeler HADAFO FM (Hadja Daloba Fofana). Après les conseils de mon directeur à l’époque sur FUN radio que son âme repose en paix, qui m’a dit qu’il ne faut jamais appeler une radio par le nom d’une personne, on a voulu la nommer FUN, après Trace FM. La Guinée devait avoir la première radio Trace FM en Afrique. Finalement, nous ne nous sommes pas entendus. En fin de compte, avec Jean Michel d’Espace FM Paris on s’est entendu. Il m’a dit que je peux utiliser le nom et même le logo en Afrique.
Au début, ce n’était pas facile. Je n’avais même pas 33 ans à l’époque. On se disait forcement il y a une personne qui se cache derrière la radio. Je comprenais dans ce sens qu’en Afrique, on a du mal à faire confiance aux jeunes. J’ai obtenu mon agrément et la signature de la licence a été difficile à obtenir.
Mes associés sont mes journalistes, mes animateurs. Je peux vous montrer les papiers de la radio, vous allez voir si jamais du côté du notaire si j’ai un associé dans cette histoire de radio. Mais j’adore aussi qu’on dise, sa tête ne ressemble pas au véritable patron de la radio. Etre à l’antenne, en même temps le fondateur de la radio, à un moment les gens se disent ce n’est pas possible. Le succès de la radio, je le doit à ces animateurs, ces journalistes.
Créer une radio n’est pas donné à n’importe qui. Où avez-vous trouvez le fonds ?
J’ai commencé ce métier à l’âge de 8 ans. Mes parents ne se plaignaient de rien. Je n’avais pas une pression derrière moi, telle : ce que tu gagnes, donne à papa et maman. J’ai mis le fonds à côté pour essayer de faire de mon rêve, une réalité. J’ai commencé Espace avec pas de moins de 30 mille euros. Notre cible, c’est les jeunes. On s’est dit qu’il fallait créer une 2eme radio, pas une manière de défigurer Espace, mais pour faire des programmes généralistes.
Quel est le nombre de votre personnel ?
Aujourd’hui, rien qu’à Conakry il y a plus de 100 personnes qui travaillaient pour le groupe Espace et Sweet Fm sans compter Labé.
Quels sont vos projets ?
En 2012, les guinéens peuvent s’attendre à Espace TV. Une télé différente des autres que nous avons en Guinée. Dans un premier temps, nous partons avec une télé thématique. On essai d’avoir un programme riche en la matière. Un programme que les jeunes recherchent. J’essai de rêver, on y croit à fond et on va y arriver.
Pour la radio, on a commencé des extensions à l’intérieur du pays. La radio a 4 ans, on est à Conakry avec toute sa région (Dubreka, Boffa). A Labé, on couvre une bonne partie du Fouta. Il y a également Espace Kakandé à Sangaredi qui a commencé. Finalement, au bout de 5 ans, nous voulons couvrir toute la Guinée. Nous allons commencer à émettre à N’zérékoré en couvrant la Guinée forestière.
Lamine Guirassy doit avoir un secret. Quel est ce secret ?
Le secret c’est d’être présent, ne pas être un fantôme pour les employés. Moi je ne  suis pas un directeur, je suis un manager. Il n’y a pas de mythe à la radio Espace. On essai de parler de tout, de rien, de manger ensemble. A travers cette radio, on essai de créer un lien, c’est la famille. Je vais te faire une révélation : Espace est une famille. Tous les jours à midi, il y a le riz qui est apporté de la maison et qui est servi à tout le monde sauf ceux qui veulent aller manger ailleurs.
Pour beaucoup, Espace est trop occidentale. Pas de langues nationales, pas de religions. Que leur répondez-vous ?
Nous avons dit dès le début que nous voulons un programme thématique à l’antenne. Notre cible c’est les jeunes, on se dit que tout le monde comprend le français. Au niveau de Conakry, nous allons continuer comme ça et bizarrement nous sommes premiers. Mais en région, nous essayons d’avoir un programme semi-thématique. C'est-à-dire mélanger la couleur de l’antenne à la population locale. Lorsque vous débarquez à Labé par exemple, vous allez entendre la langue Soussou, le Pular…
Qu’est ce que vous pensez de la jeunesse guinéenne ?
C’est une jeunesse consciente en qui j’ai confiance. Il faut juste faire confiance à ces jeunes aussi, c’est peut être ce qui manque.
Depuis que je suis là, j’ai entendu pas mal de chose. Quand on apprend que tous les journalistes ou animateurs de la radio Espace sont venus de l’extérieur, c’est archi-faux. Moi c’est en Guinée que j’ai fait le recrutement. Je ne suis pas venu avec un animateur du côté de la France, du genre à dire on va faire une radio qui va faire la différence. Il faut juste faire confiance à ces jeunes. Tu les laisses faire, après tout devient possible. Cependant, il ne faut pas rester à la maison, croiser les doigts et dire que papa va m’aider.
Dans tout ce que j’entreprends, je n’ai pas à frapper à la porte d’une banque. Quand ils voient qu’il y a du sérieux, ils viennent derrière toi.
Je vais te faire une 2eme révélation. La radio Espace n’a pas aujourd’hui de crédit à la banque. Dire par exemple que la société générale ou Ecobank a prêté de l’argent à Lamine pour faire tout ce que nous sommes entrain de faire.
Si la radio arrive à s’en sortir grâce à ses journalistes, qu’st-ce qu’on a à chercher ? C’est pour cela qu’il y a cette indépendance à l’antenne. Il n’y a pas un leader qui va nous appeler pour dire petit qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tu as fait ça ?    
L’indépendance financière, vous la gagnez ?
Bien sûr ! A travers la pub et autres, les relations. Quand on dit qu’une personne est riche, ce n’est pas seulement l’argent. Avant de venir en Guinée, j’avais déjà une base de contacts. Nous avons des voix à l’antenne, pour les utiliser en France, ce n’est pas moins de 1000€ par voix. Si nous on arrive à le faire, c’est parce que c’est des connaissances.
Ne craignez-vous pas que Les grandes-gueules et My Libre Antenne disparaissent comme d’autres émissions célèbres auxquelles les guinéens étaient habitués dans d’autres radios ?
Dans toute chose c’est la passion. La garantie que nous pouvons donner quant à la pérennité de ces émissions, c’est la polyvalence que nous avons à radio Espace. Ici la star c’est la radio Espace. Les GG demandent un recadrage parce qu’on parle en même temps et il faut quelqu’un qui essai de mettre un peu d’ordre. Il y a une complémentarité. Tant qu’on prend plaisir à faire ce qu’on fait, tant qu’il y a la confiance, je pense que ça vaut tout.
Recevez-vous des menaces ?
Pas du tout. Cela parait bizarre. Je n’ai eu un coup de file où quelqu’un me menace : on va te tuer, on va régler ton compte. Vu de l’extérieur, ça parait osé. A travers les GG, il y a eu beaucoup de changement à la RTG. Nous ne sommes pas là à faire la gueule tout le temps à dire que tout est noir.
Etes-vous mariés si oui avec qui ?
Je suis marié, père d’un garçon de 6 ans. Ma femme s’appelle Daloba Guirassy. C’est une cousine. On s’entend très bien, elle est superbe. Elle est en France.
Est-ce qu’on peut s’attendre à vous retrouver à la prochaine assemblée nationale comme député ?
La politique ne me tente pas. J’ai reçu des propositions pour être ministre, je les ai toujours mis à côté. Je ne suis pas venu en Guinée pour occuper un poste ministériel. Je me dis que ma place, c’est la radio ou la télévision. Si c’est écrit que Lamine Guirassy, on peut le retrouver à l’assemblée nationale, pourquoi pas ? si c’est pour une bonne cause. Si je n’avais pas été journaliste, je serais gendarme ou avocat.
Je vais te raconter une petite histoire. Dans ma tête ça se passe de la sorte. Tous les jours, j’ai l’impression que quand je rentre à la maison je serai butté. Est-ce c’est une prémonition ? je le sens comme ça. Mais c’est Dieu qui sait comment je vais mourir.
Un message particulier à la jeunesse
C’est d’y croire. Je formule toujours une phrase à l’antenne. Je me dis le rêve démarre ici sur nos ondes. Tu peux imaginer des choses, tu te dis que c’est impossible. Comment ces gens sont arrivés là où ils sont. Il faut juste avoir la volonté, une fois que la volonté est là, le reste c’est Dieu qui va t’aider. Par rapport à Labé comme je l’ai dit, c’est juste une volonté que j’ai exprimé pour avoir cette radio à Labé. Je n’ai pas peur de financer en ce qui concerne les projets, parce que j’y crois à fond. Je me dis que ce n’est pas du miracle.
Entretien réalisé par Mamadou Samba Sow